Tarcisio BIASINI 1932 - 2007


1936  Tarcis avec ses parents, Hélèna et Evaristo


1949, Place Saint Cyprien, à Toulouse.
Josiane, Maman, Marie-Thérèse, Hubert, Tarcis

1964 Ses copains de jeunesse
l'appelaient "le boxeur"


Vers 1993, chez L... avec Magali

Philosophe








Son ami, Pierre Sanchez

Son médecin


C'est en face de ce tas de bois, à 2 m du bord
 qu'il a été tiré de l'eau

 
La dépêche du midi 7 02 2007

 

L... :
Voici l'histoire de mon frère Tarci que j'ai vu pour la première fois quand j'avais 10 ans et dont mes parents parlaient à voix basse, un peu comme d'une  erreur ,un secret de famille, parce qu'il était "à la guerre", quelque part dans un autre continent.
Ma mère ne supportait pas tout ce qui avait trait a l'Asie ,j'ai compris longtemps après pourquoi :Tarci était légionnaire en Indochine.
Il n'a jamais dit un mot sur cette épreuve, juste pencher un peu la tête et allumer une cigarette. D'ailleurs c'est ce que nous partagions le mieux tous les deux, lors des repas de famille ,quand il voulait bien y venir. Alors, sur la terrasse, on regardait ensemble vers l'horizon.... Maintenant, c'est interdit de fumer, il a dû penser que c'était plus la peine de venir aux repas de famille.
Nous avions un autre point commun : il était arrivé quand on ne l'attendait pas ! Misère et ignorance, et nous voilà.
 
La violence de sa vie est a l'image de ce que pauvres humains imbéciles, nous sommes capables de produire ,avec arrogance et certitudes .
 
Tarci avait une très belle plume dont il aimait user , parfois pour dire sa colère , parfois pour dire son amour .
Je crois que deux fois dans sa vie il s'est trompé avec son stylo : a 17 ans quand il a signé auprès des autorités militaires qui racolaient pour trouver de la chair a canons, a 74 ans pour sortir de la clinique avec la bénédiction des médecins actionnaires .
Qu'on se le dise : l'histoire ne cesse jamais de se répéter, mais que cela ne nous empêche pas de devenir.
Bon anniversaire Tarci , 75 ans le 13 février 2007,
 

 Hubert :
 Avant même d’être né, Tarcis ne fut pas conçu sous une bonne étoile. Né hors mariage dans l’Italie puritaine des années 30, ses parents le donnent en garde à la grand-mère paternelle italienne, puis émigrent en France à la recherche de travail.
   Ils trouvent du travail au service de riches familles toulousaines, puis vont chercher Tarcis en Italie et le donnent en garde à nouveau à une nounou française habitant Colomiers. Il n’y avait pas d’autos pour l’emmener soir et matin, aussi ses parents ne le voyaient que le dimanche. Il a été ainsi ballotté d’un pays à l’autre, longtemps éloigné de ses parents.
        Lorsqu’il a avait 18 ans, le village de Saint Martin du Touch où la famille résidait, était placardé d’affiches de propagande appelant les jeunes à s’engager dans la Légion Étrangère,  pour la guerre d’Indochine. Tarcis n’est encore qu’un grand adolescent, il s’engage.  Beaucoup de légionnaires meurent en Indochine, lui en reviendra complètement perturbé.
  Entre les combats, la peur aux tripes, il grille cigarette sur cigarette. L’armée fournissait les "gauloises troupes" de la Manufacture Française de Tabacs.
   Il ne put jamais se défaire de l’emprise du tabac, qui a détruit sa santé physique.
   Pendant de nombreuses années, il travaille à la laiterie Superlait, s’occupe de plusieurs  grosses machines, empaqueteuse de packs de lait. Il ne rechignait pas et était vaillant à la tache, très apprécié de sa hiérarchie.
Il y fit embaucher son cousin, Julien Momi, avec qui il s’entendait bien. 
   Durant ces années, il travaille beaucoup, ce qui lui permet de faire vivre honorablement sa femme, et ses enfants : Catherine, décédée  à l’âge de 6 mois, son fils adoptif Bernard, et Ghislaine technicienne à l’Université Paul Sabatier.  Il entre ensuite à la Préfecture dans le corps de la Police, sur un emploi réservé aux anciens combattants. Puis ce fut la maladie,  dépression, infarctus, problèmes respiratoires, qui détruisent les 20 dernières années de sa vie.
   Il était souvent arrogant, mais c’était pour dissimuler sa fragilité. Beaucoup de gens le comprenaient et l’aimaient ainsi. Ces derniers mois, il avait peine à marcher, le patron du restaurant dans lequel il avait l’habitude d’aller à midi, venait le chercher chaque jour en voiture.
    Il souffrait beaucoup de la solitude dont il parlait dans ses  écrits qu’il affichait sur ses murs. Mais paradoxalement, il avait de la difficulté à vivre avec quelqu’un.
   Il était révolté par le gaspillage et la société de consommation, il trouvait de tout dans les poubelles, son logement est une caverne d’Ali Baba. Il était toujours entouré d’animaux, chien, chat, oiseaux. Sa terrasse était  fleurie.
   Il était catholique pratiquant.
  Il passe le mois de janvier 2007 à la Clinique du Parc à Toulouse, sous perfusion, aide respiratoire, monitoring, Complètement immobile dans son lit. En ce début février sa santé s’améliore un peu, on lui enlève l’oxygène, il marche un peu dans sa chambre. Il refuse d’aller en maison de repos et demande avec détermination à être ramené en ambulance chez lui..
  Bien que très dépressif après cette période d’enfermement, la Clinique du Parc le renvoie à son domicile où il vit seul, sans en informer la famille. 
 Là,  il demande un taxi et se fait emmener près de la Garonne. Dans un geste de libération il se jette dans les flots de la Garonne. 
   Avec la même détermination que celle du policier Javert dans les  « Misérables » de Victor Hugo, qui se laisse emporter dans le courant de la  Seine.